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7,21-27
Ce ne sont pas tous ceux qui me lancent des « seigneur! seigneur ! » qui vont entrer dans le Régime de là-haut, mais seulement ceux qui réalisent le désir de mon Parent de là-haut.
Il y en aura beaucoup à me dire ce jour-là :
Seigneur! seigneur !
n’est-ce pas à toi que nous devons d’avoir été des contestataires ?
À toi que nous devons d’avoir chassé les démons ?
À toi que nous devons d’avoir fait beaucoup de gestes d’éclat ?
C’est alors que je me prononcerai contre eux :
Je n’ai jamais eu affaire à vous. Vous avez pris le mauvais chemin, je ne veux plus vous voir.
Entendre mes paroles et agir en conséquence, c’est faire preuve de jugement et ressembler à un homme qui a bâti sa maison sur le roc.
La pluie est tombée,
les fleuves sont montés,
les vents ont soufflé et ont foncé sur cette maison.
Elle ne s’est pourtant pas écroulée, elle était fondée sur le roc.
Mais entendre mes paroles sans agir en conséquence, c’est faire preuve de folie et ressembler à un homme qui a bâti sa maison sur le sable.
La pluie est tombée,
les fleuves sont montés,
les vents ont soufflé et ont foncé sur cette maison.
Et elle s’est écroulée, perte totale.
*****
Ces trois paroles sont les dernières du Sermon sur la montagne. Ce sont trois paroles dures, qui visent à faire prendre conscience d’un problème sérieux. Un problème, on va le voir, qui est d’aujourd’hui.
1. Le premier texte est la contrepartie chrétienne de ce que Jean disait au début de l’évangile (3,7-8) :
Enfants de vipères!
Qui vous a appris à fuir
la Colère à venir?
Retournez-vous bout pour bout et donnez du fruit en conséquence.
Ne sombrez surtout pas dans l’illusion de pouvoir compter sur votre père Abraham,
car, je vous le dis, Dieu peut, à partir de ces pierres-ci, susciter d’autres enfants à Abraham.
Ici, on avertit les chrétiens de ne pas se fier au seigneur pour les faire nécessairement entrer dans le Régime de Dieu. Prétendre avoir la foi, avoir le bon code (« seigneur »), ce n’est pas une clef pour y entrer. Tout est affaire de comportement, et le comportement requis, le Sermon l’a décrit au long et au large. Le problème est qu’à peu près personne, de nos jours, ne lit le Sermon, dans le but d’y trouver une ligne essentielle de comportement. On lit ça par petits bouts, on écoute ça comme des paroles sacrées, émanant du seigneur Jésus, paroles qu’il suffit d’écouter avec respect avant de passer à autre chose. Le Sermon réagit durement contre de telles façons de voir. Et la finale de la parole : seulement ceux qui réalisent le désir de mon Parent de là-haut est l’équivalent de celle de Jean sur le fait que Dieu peut fabriquer d’autres enfants à Abraham. La foi n’est d’aucun avantage pour entrer dans le Régime de Dieu : un incroyant qui fait les bonnes choses y entre, le croyant qui ne les fait pas, non. C’est troublant de voir qu’en Église on porte si peu attention aux paroles de Jésus.
2. Le deuxième texte en remet. Il parle de beaucoup de gens. Eux aussi ont le bon code : « seigneur ». Et ils ont un curriculum vitae impressionnant : ils ont été des contestataires (prophètes), disent-ils, ils ont chassé des démons, ils ont fait des miracles. Que peut-on attendre de mieux d’un partisan de Jésus ? La conclusion est mordante. Alors qu’eux se réclament de Jésus pour avoir fait toutes ces grandes choses, lui réplique qu’il n’avait rien à voir avec ça. Ces gens-là se sont trompé de chemin, il ne veut plus les voir.
De fait, si on relit le Sermon sur la montagne (ch. 5-7), il n’est jamais demandé à personne de prophétiser, de chasser des démons ou de faire des miracles. Il est cependant clairement demandé d’être proche des pauvres, d’être marginal dans la société (pas d’être reconnu comme du grand monde), de donner du goût à la vie des autres, de ne jamais se croire arrivé au bout du chemin, de ne jamais désespérer de personne, même de son pire ennemi, de prier la prière des pauvres, de ne pas devenir dur comme un tas d’argent, de partager, de ne pas juger, etc. Ces gens-là se sont inventé d’autres pratiques que celles décrites dans le Sermon, ils se sont persuadés que tout cela leur vaudra l’approbation du seigneur. Ils se sont inventé des pratiques qui les confortent dans leur idée d’avoir fait tout ce qu’il fallait, plutôt que de s’avancer sur un chemin qui n’a pas de bout. En vain. Peut-être faut-il noter ici que, dans le Sermon, on ne fait pas la promotion des activités cultuelles, des célébrations, des eucharisties, de l’importance de préserver le visage d’une institution religieuse, etc., toutes choses qui apparaissent bien importantes dans l’engagement des chrétiens d’aujourd’hui. Il faut se poser la question du lien de tout ça avec le Sermon, et du jugement que porte le seigneur là-dessus.
3. La troisième parole enfonce le clou. Les humains ont le choix : entendre et mettre en pratique les interpellations de Jésus, ou les entendre sans les mettre en pratique (les ignorant ou s’inventant autre chose). Et l’ordre choisi par la parole est très significatif. Le Sermon aurait pu choisir de terminer par la lecture positive de la réalité : le sort de la maison bâtie par un homme qui a écouté le parole. Il a plutôt choisi, et ce n’est pas sans importance, de terminer son œuvre sur ces mots : cette maison…s’est écroulée, perte totale.
4. Peut-être le Sermon, sans le savoir, prophétisait-il sur le sort de notre Église d’ici. Si on lui demandait quoi faire, au cas où il ne serait pas trop tard, sans doute nous dirait-il qu’au lieu de lancer des « seigneur, seigneur » vers le ciel, en faisant des pieds et des mains pour sauver une Église délabrée, il serait plus approprié de lire ce qu’il dit de façon sérieuse et de commencer à le mettre en pratique. Il devrait être évident qu’il savait de quoi il parlait : parce qu’on ne l’écoute pas, la maison est déjà en train de s’écrouler.
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