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3,13-17
Parti de
la Galilée, Jésus s’en va rencontrer Jean au Jourdain, pour s’y faire plonger par lui.
Jean ne veut rien entendre :
C’est moi qui ai besoin de me faire plonger dans l’eau par toi, le contraire n’a pas de sens.
Jésus le reprend :
Laisse tomber pour le moment. Ce que nous avons à faire, toi et moi, c’est d’entreprendre tout ce qui est juste.
Jean cesse alors de lui résister. Jésus est plongé dans l’eau, et dès qu’il en ressort ne voilà-t-il pas que les cieux s’ouvrent. Et il voit ce qui ressemble à une colombe se poser sur lui, c’est le souffle de Dieu. Des cieux, se fait alors entendre une voix :
Lui, c’est mon fils, celui que j’aime, il m’a causé beaucoup de joie.
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1. Le premier verset commence à parler de Jésus, à partir de la première chose que la tradition primitive connaissait de lui : sa rencontre avec Jean (Ac 10,37-38). On ne s’intéressait pas alors à toutes ces questions qui nous fascinent encore aujourd’hui : apparence, caractère, statut social, marié ou pas, ayant des enfants ou pas, etc. Et même dans ce qu’on nous dit, il y a raccourci. En effet, on sait qu’au cours de son séjour en Judée, Jésus a parlé avec Jean, a conversé avec ceux qui sont par la suite devenus ses disciples (Jn 1-3), est allé réfléchir au désert, et au bout de tout ça s’est fait baptiser. Mais, ici, on nous présente tout de suite le résultat de la démarche de Jésus : sa décision de se faire baptiser. Cette décision est certainement le fruit d’une longue démarche. Le Nazaréen a d’abord été secoué par la critique radicale de Jean, par l’appel à se démarquer bout pour bout des compromis et des compromissions. Il y avait un choix clair à faire entre changer clairement de style de vie – et le manifester en se faisant plonger dans l’eau par lui – ou refuser de s’engager ainsi. C’était un choix difficile pour un homme de 35-40 ans, chef de famille, à la tête d’une petite entreprise de village, responsable de plusieurs bouches à nourrir. Il a eu besoin d’aller longuement faire le point au désert.
2. Le récit du baptême de Jésus, premier moment important dans sa vie telle qu’on la connaissait alors, est l’occasion d’une révélation, laquelle exprime l’essentiel de la foi chrétienne sur lui. Avec le baptême, on est au niveau de l’histoire de Jésus. Mais avec la révélation, on est au niveau de la compréhension chrétienne de Jésus Christ. Il faut dire, ici que ce texte a été conçu comme un tout, des années après la mort de Jésus, et n’était pas destiné à faire partie d’un récit sur l’ensemble de l’événement Jésus. Celui qui l’a pensé avait l’intention d’exprimer la foi en Jésus, telle qu’elle s’exprimait au moment où il écrivait, et non de dire le sens des choses au moment historique du baptême de Jésus par Jean. Il est important de toujours avoir ces deux moments en tête quand on lit l’évangile : le moment de la rédaction du texte, après la mort-résurrection de Jésus, et le moment de l’existence historique de ce dernier.
3. Les cieux s’ouvrent pour deux raisons : d’abord pour que le souffle de Dieu puisse passer à travers l’ouverture et descendre sur Jésus, puis pour que la voix de Dieu puisse traverser les cieux et expliquer le sens de l’événement. Et ce sens est que Jésus, puisqu’il vient de recevoir le souffle de Dieu, est désormais son fils. Et Dieu lui a donné son souffle « parce que (Jésus) lui a causé beaucoup de joie. » Un verset de Paul est capital pour comprendre de quoi il s’agit :
(L’Évangile concerne) son fils,…, établi fils de Dieu avec puissance, de par le souffle saint, à partir de la résurrection des morts. (Rm 1,3-4)
. Le souffle, c’est le pouvoir d’action de Dieu. Dieu confie à Jésus son propre
pouvoir d’action.
. Ce souffle fait de Jésus le fils de Dieu, au sens de celui qui a reçu une délégation
de pouvoir pour agir en son nom. C’est ce que veulent dire les titres de seigneur,
fils de Dieu, messie, sauveur, etc.
. Dieu a agi ainsi parce que Jésus lui avait causé beaucoup de joie, c’est donc une fois la vie de Jésus terminée que l’événement
s’est passé.
Ce que ce texte fait, c’est qu’il dit l’ensemble de la foi chrétienne, à partir du début de la vie officielle de Jésus. Certes, le baptême de ce dernier est un événement historique. Mais le sens, tel qu’il est rapporté, dépend de ce qui s’est passé dans le mystère de Dieu après la mort de Jésus. Il faut voir que les quatre évangiles sont écrits avec cette même perspective de fond.
4. Le dialogue entre les deux personnages dit l’embarras de la communauté chrétienne de Mt vis-à-vis du baptême de Jésus par Jean. Ces versets sont le fruit de discussions entre les disciples de Jean et ceux de Jésus, quelques années après la mort de leurs maîtres. Chaque groupe considérait tout naturellement que leur maître était supérieur à l’autre. Le fait que Jean avait baptisé Jésus était un argument important pour ses disciples. Matthieu a une position équilibrée : tout en diminuant Jean par rapport à Jésus, il termine en disant que chacun a entrepris de faire ce qui était juste pour lui.
5. Ce petit récit contient les traces des trois moments importants de sa formation :
. le moment de l’histoire : Jean a baptisé Jésus;
. le moment de sa mise par écrit : s’y exprime la foi en Jésus fait fils de Dieu par le don du souffle après sa mort;
. le moment de la rédaction de l’évangile : expression d’un certain mal à l’aise face au fait que Jésus s’est fait baptiser par Jean.
Si Jésus est mort en l’an 30 et que Mt a été écrit en 80, ce texte témoigne donc d’un demi-siècle de réflexion.
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