Radio Ville-Marie
Pour un sens à la vie !
Accueil      25,1-13 Parole au Présent
Imprimer cette pageAjouter aux Favoris

 

25,1-13

 

 

 

Le Régime des cieux, ce sera alors comme dix adolescentes, qui, avec leurs flambeaux, s’en vont rencontrer le marié.   Il y en a cinq fofolles, et cinq raisonnables.  Les fofolles apportent leurs flambeaux sans prendre d’huile.  Les raisonnables apportent des flacons d’huile avec leurs flambeaux. 

Comme le marié est en retard, tout ce beau monde s’assoupit et finit par s’endormir.  À minuit, un cri retentit : Le marié ! faut aller à sa rencontre. 

Voilà toutes les ados debout pour préparer leurs flambeaux. 

        -   Donnez-nous de votre huile, se font supplier les raisonnables par les fofolles, nos flambeaux sont en train de s’éteindre !

        -   Impossible, rétorquent les  raisonnables, il n’y en aurait pas assez pout tout le monde.  Faut vous rendre au dépanneur et vous en acheter.

Elles y courent.  Mais pendant ce temps-là, le marié arrive.  Celles qui s’étaient préparées entrent avec lui dans la salle et la porte se referme.

Après un certain temps, arrivent les autres ados.

        -   Maître, maître, ouvre-nous !

        -   Quoi ? vraiment, croyez-moi,  je ne vous connais pas.

 

Faut être vigilants, parce que vous ne savez ni le jour, ni l’heure.

 

 

 

*****

 

 

 

1. Au ch. 25, Jésus continue de répondre à la demande que ses partisans lui avaient faite au début du ch. 24 : Dis-nous donc quand tout ça arrivera, et quel sera le signe de ta venue ainsi que de l’accomplissement du monde (v 3).   Au ch. 24, il a commencé par parler de catastrophes cosmiques et de la venue de l’Humain, en terminant sur un appel à la vigilance.  Au ch. 25, il poursuit avec trois longues paraboles, qui illustrent l’un ou l’autre aspect de la réponse.  C’est un chapitre très important pour Mt, car ce sont les derniers mots que Jésus adressera à sa communauté, avant d’entreprendre ses derniers jours.  On peut s’attendre à ce que Mt présente les attitudes de fond, face à la vie, qu’il attend des siens.

 

2. Avec cette première parabole, Mt parle certes de vigilance, comme les derniers mots l’indiquent, mais il précise la sorte de vigilance qu’il veut promouvoir.  Il ne s’agit pas que d’être éveillés, attentifs, faut aussi se servir de sa tête. 

 

3. Le titre traditionnel de la parabole est : « Les vierges folles et les vierges sages ».  Je dois avouer que je voyais venir ce texte avec  un peu d’appréhension.  Dans la liturgie d’avant Vatican II, ce texte était lu à chaque fête de sainte qui était morte vierge.  Or, comme l’Église avait canonisé un grand nombre de vierges, cette parabole ne cessait d’être lue et relue.  Elle faisait plus que m’ennuyer.  Or, l’affectivité est importante en

tout, y compris en exégèse.  Je me demandais donc comment j’allais m’en tirer, dans l’interprétation d’un tel texte.  Un mot d’abord sur la traduction.  J’ai traduit le mot d’ordinaire rendu par « vierge » en utilisant le terme d’adolescente.  J’en ai déjà touché un mot, à propos du texte sur les origines de Jésus.  Le mot « vierge », à l’époque, pour désigner une jeune fille qui vient d’atteindre l’âge de procréer, est une désignation beaucoup plus sociologique que physiologique.  La virginité de leur fille était une donnée très sensible pour les parents, car elle conditionnait l’importance de la dot.  On pourrait dire que la virginité des filles de la famille était alors l’équivalent des REÉR dans notre société.  Il y allait de l’avenir des parents, elle conditionnait le patrimoine familial.  On comprend donc que les parents veillaient jalousement sur la virginité des filles, de sorte que dire d’une fille d’alors que c’était une vierge, cela équivaut à dire d’une jeune fille d’aujourd’hui que c’est une adolescente.  De là, la traduction que j’ai utilisée.  Quant à l’épithète fofolle, je l’ai choisi pour rendre compte du genre de « folie » dont parle le texte.  On ne parle pas de  méchanceté, ni de dérangement mental, ni de dérèglement moral, on parle de légèreté de comportement, de manque de sérieux, d’ados qui n’ont pas de plomb dans la tête, comme on dit.  Fofolle, donc.  J’aurais aimé trouvé un terme correspondant pour faire la paire.  J’ai choisi raisonnable, mais sans en être satisfait.  Je cherche encore un terme plus jeune (cool ?). 

 

4. Tout ça n’est pas sans importance pour comprendre la parabole.  Ce qu’il faut voir, c’est que l’illustration parle des humains comme les parents parlent de leurs enfants.  Avec affection, certes, mais aussi avec le sérieux que donnent la sagesse et l’expérience.  Il y a, derrière le texte, de l’étonnement et de l’inquiétude.  L’existence de fofolles peut avoir un côté amusant, mais faudrait quand même pas passer à côté de la vie.  Être fofolle à douze ou treize ans – âge auquel on se mariait à l’époque –, ça va, c’est un peu normal, mais l’être toute sa vie, c’est autre chose.  Or, c’est précisément cela que vise la parabole, l’attitude d’adultes qui se conduisent comme un groupe d’adolescentes qui n’ont pas encore pris conscience du sérieux de la vie.

 

5. Le contexte est celui d’une noce.  Un groupe d’adolescentes doivent accompagner le marié pour sa nuit de noces.  Le mariage a eu lieu il y a entre six mois ou un an.  Tous les préparatifs ont été faits, les invitations lancées, on attend que le marié se présente au lieu du rendez-vous.  La fête aura lieu la noirceur une fois tombée, le trajet jusqu’à la maison se fera à la lumière des flambeaux.   Il y a contretemps.  Le cortège s’assoupit.  Quand le marié arrive, il faut remettre de l’huile dans les flambeaux qui commencent à s’éteindre.  C’est à partir d’ici que le sens de la parabole commence à être développé. 

 

a. Première leçon. De façon étonnante, on nous dit que le partage n’est plus possible.  Il n’est pas question que tout le monde se retrouve dans le noir par la faute de celles qui ont été imprévoyantes.  Car c’est bien cela qui est dit, si on vous passe de l’huile, il n’y en aura pas assez pour tout le monde.  Tous seraient égarés dans le noir.  Or, il ne faut pas que les unes se voient punies pour l’imprévoyance des autres.

 

b. Deuxième leçon. Dès que le marié arrive, il est trop tard pour se préparer.  Se préparer, cela veut dire s’être rendu apte à entrer dans la maison avec le marié.  D’autres options sont certes possibles, on peut courir ailleurs, mais alors on n’est pas à la maison, et la porte est fermée.

 

c. Troisième leçon. La porte ne s’ouvre pas, car le marié, maintenant présenté comme le maître, déclare ne pas connaître les retardataires.  Tout est affaire de reconnaissance.

 

6. Une telle parabole est rebutante pour notre milieu, elle s’ajuste mal à nos sensibilités.  Il faut bien comprendre pourquoi.  La culture de l’Empire, qui influence aussi bien notre société que le reste du monde, est une culture du bonheur individuel, qui se vit dans un pays qui s’arroge le droit de s’approprier les richesses de l’humanité et de détruire celles de la planète pour satisfaire la soif de plaisirs des individus qui y vivent.  C’est l’American way of life, qui mérite d’être défendu par la force des armes s’il est menacé en quoi que ce soit.  Le citoyen a tous les droits, dans une société faite d’individus juxtaposés qui peuvent penser ce qu’ils veulent pourvu qu’ils n’interfèrent pas avec la soif d’accomplissement des autres.  Dans un tel contexte, la religion est comprise comme exprimant la bénédiction de la divinité sur la nation et sa reconnaissance que ses citoyens auront été les manifestations suprêmes de ce que cela signifie que d’être homme ou femme.

 

7. L’évangile envisage les choses tout autrement.  La troisième parabole du ch. 25 va le démontrer clairement.  L’évangile voit les choses par en bas, à partir du point de vue de la base, des perdants de ce monde, des exploités qui voient la nature massacrée sous leurs yeux, des pauvres qui ne sont que moyens de s’enrichir pour les riches.  Et il met le monde à l’envers, comme Jésus l’avait fait avec son thème du Régime de Dieu.  Les grands, les puissants, les grands puissances, ce sont les fofolles de la parabole.  Ce sont ceux qui profitent de leur pouvoir pour tout se permettre, mais sans voir qu’ils sont en train de gaspiller leur huile, sans voir qu’ils ne seront pas prêts quand le marié arrivera, que la porte se fermera, et qu’ils se feront dire par le maître qu’il ne les connaît pas.

 

8.  Certes, tout cela reste bien mystérieux.  Nous ne savons pas ce que veut dire la venue du marié, ni quand il viendra, ni ce qu’il y a dans la salle ou la maison, ni ce que veut dire la porte qui se referme.   Jésus ne le savait pas non plus.  Ni Mt.  Mais ils se sont préparés.  Ils ont décidé d’être vigilants, c’est-à-dire qu’ils ont suivi un chemin de vie qui les mettait à contre courant de la façon dont leur monde avait décidé de s’organiser.  Ce qui apparaissait raisonnable au grand monde de leur époque, eux considéraient que c’était de la folie.  Et ce que les autres considéraient folie, eux pensaient que c’était la seule chose raisonnable à faire.  Chaque être humain fait face au même choix qu’eux.    La foi n’est pas d’abord affaire de croyance, mais de choix de vie.   Cette première parabole du ch. 25 est donc un appel à décider quel genre d’homme ou de femme je veux devenir dans la vie.