22,1-14
Jésus continue de s’adresser à ses auditeurs à coups d’illustrations.
Le Régime de Dieu, ça ressemble à un roi qui marie son fils. Il envoie donc ses serviteurs faire les invitations aux noces.
Mais les invités ne veulent rien savoir.
Le roi tient bon, il envoie d’autres serviteurs : Dites bien aux invités que le repas est prêt : les bœufs et autres bêtes bien grasses ont été abattus, tout est prêt, il faut vite venir aux noces.
Les invités n’en tiennent aucun compte. Il y en a un qui s’en va dans son champ, un deuxième part pour affaires, quant aux autres, ils s’emparent des serviteurs et se mettent à les battre pour finalement les tuer.
Le roi est furieux et envoie donc son armée faire périr ces meurtriers et détruire leur ville par le feu.
Puis il fait venir ses serviteurs : Les noces sont prêtes, mais les invités ne méritaient pas d’y participer. Allez-vous-en parcourir la ville en tous sens, tous ceux que vous rencontrez, vous les invitez aux noces.
Les serviteurs s’en vont donc par les rues, ils rassemblent tous ceux qu’ils rencontrent – bon monde, mauvais monde, peu importe –, la salle est bondée.
Le roi entre voir les invités. Il aperçoit là un homme qui n’est pas vêtu pour la circonstance.
Mon ami, comment as-tu pu entrer habillé comme ça ?
L’autre garde le silence.
Sortez-le d’ici pieds et mains liés, ordonne le roi à ses serveurs, jetez-le dehors, dans la nuit, là où ça pleure et gémit.
L’offre est pour tout le monde, mais peu font l’affaire.
*****
1. Le texte est le troisième que Matthieu a placé après le geste de Jésus contre le Temple, alors que ce dernier répond à la question des grands prêtres et des principaux dirigeants de son peuple sur l’origine de l’autorité qu’il prétend avoir pour faire des choses aussi scandaleuses. Nous avons déjà vu la parabole des deux enfants et celle des vignerons homicides. Cette fois, il s’agit de la parabole des noces royales, qui contient des données très éclairantes. Elle est en deux parties, la parabole elle-même, puis une rallonge sur l’homme mal habillé. Cet ajout n’appartenait pas à la parabole originale.
2. Un mot d’abord sur le début de la parabole : Le Régime de Dieu, ça ressemble à un roi qui marie son fils. Il faut comprendre ces mots au sens large : le Régime de Dieu ressemble à l’ensemble du récit sur le roi qui marie son fils. C’est le sens global de la parabole sur les noces royales qui permet de saisir un aspect du Régime de Dieu. Cette remarque, déjà faite à quelques reprises, vaut pour l’ensemble de cette sorte de récits.
3. Le texte est situé dans un contexte festif. Et les choses pressent, car tout est prêt. Le roi ne s’y prend pas des mois ou des années d’avance. On est à la dernière minute, la fête, c’est tout de suite.
4. Un des points majeurs dont traite ce récit, est celui de l’identité des invités. Manifestement, la fête n’est pas une bonne nouvelle pour les premiers invités. Ils ne manifestent aucun intérêt à y participer. La description qui en est faite n’est pas très précise, mais on en sait assez pour conclure qu’il s’agit de cette classe aisée qui fait partie de l’entourage normal des rois : grands propriétaires terriens, gens d’affaires, détenteurs des pouvoirs sociaux. Ils ont des hommes de mains à leur disposition pour se débarrasser des émissaires du roi, et ils se sentent assez puissants pour le défier. Il faut noter que, dès que l’invitation leur parvient, certains d’entre eux deviennent extrêmement violents, en allant jusqu’à tuer les envoyés du roi. Bien sûr qu’il y a plus, là-dessous, qu’une simple invitation à un mariage. Ce qu’il faut retenir, c’est que la bonne nouvelle d’une fête devient l’occasion d’une grande violence. Or, la violence engendre la violence, comme c’est couramment le cas dans l’histoire et les sociétés. Le roi fait détruire l’habitat, les biens et les vies mêmes de ceux qui ont maltraité ses serviteurs.
5. Ceci fait, il ne va pas contremander la fête pour autant. Il y aura simplement changement d’invités. Cette fois, ce ne sont plus les dirigeants qui sont invités, mais le monde ordinaire, les milieux populaires, celles et ceux dont les rues sont pleines. Le roi invite son peuple à la fête. Et, dans cette section du texte, il se trouve quelques petits mots qui en portent tout le poids et soulèvent le scandale : Les serviteurs s’en vont donc par les rues, ils rassemblent tous ceux qu’ils rencontrent – bon monde, mauvais monde, peu importe –, la salle est bondée. Tout est dans ce Bon monde, mauvais monde, peu importe. C’est son peuple que le roi invite, tout son peuple, quelle que soit la situation des gens par rapport aux lois, la morale, etc. Rapaces et prostituées compris, comme nous l’avons vu plus haut dans la parabole des deux enfants (18,15-20). C’est le peuple en tant que peuple, comprenant tous ses citoyens et citoyennes, qui est invité. La salle est bondée, on le comprend, ça prend une super salle pour recevoir tout un peuple. Le récit se termine là-dessus. La leçon n’est pas tirée. Peut-être la jugeait-on assez clairement exprimée.
6. Rassemblons les données que nous avons tirées du récit jusqu’ici. Nous sommes censés avoir appris quelque chose sur le Régime de Dieu.
. D’abord, pour Jésus, le Régime de Dieu est proche, on voit ça souvent dans les évangiles. La situation est dure, les gens souffrent, leurs épreuves ont déjà trop duré, faut que ça cesse. Tout est prêt. Il s’en vient.
. Deuxièmement, c’est une fête, une bonne nouvelle, une occasion de rencontre, de partage et de célébration, comme un mariage.
. Troisièmement, ce n’est pas une bonne nouvelle pour les tenants du système, qui ne veulent pas être dérangés dans leurs habitudes. À la seule nouvelle qu’ils ne pourront plus travailler comme de coutume, faire des affaires, contrôler le système à leur gré, ils deviennent extrêmement violents.
. Quatrièmement, leur violence se retournera contre eux et ils seront exclus du Régime de Dieu.
. Cinquièmement, le Régime de Dieu est pour tous les autres.
. Sixièmement, il y aura donc là plein de monde.
7. Ce récit est typique de la mentalité de Jésus et de la vision des choses de l’évangile. Il lit la réalité à partir d’en bas, de la réalité du monde ordinaire, des milieux populaires. Le Régime de Dieu est pour eux, et sera organisé d’une tout autre façon que ce qu’en font celles et ceux qui dirigent le monde aujourd’hui. C’est pourquoi ils sont si violents contre celles et ceux qui veulent déjà faire arriver quelque chose de ce que sera le Régime de Dieu. Ils ont pour eux le poids de l’argent, de l’économie, des lois, des gouvernements, des polices et des armées. On voit clairement que, si Jésus parlait de Dieu en traitant du Régime de Dieu, il avait bien plus que la religion en tête. Et ce qu’il avait en tête est aussi scandaleux aujourd’hui que ce l’était jadis.
8. Matthieu a placé la parabole après le geste de Jésus contre le Temple. Il a pu voir en Jésus un des envoyés du roi qui se fait massacrer, et reconnaître dans sa proclamation du Régime de Dieu une raison de son attitude contre le Temple et de l’agressivité des autorités contre lui.
9. La deuxième partie du récit est manifestement un ajout, et se situe dans un tout autre contexte. En effet, elle jure avec la parabole qui invite tout le monde à la fête, bons ou mauvais. Le fait d’être plus ou moins bien habillé n’entre évidemment pas en ligne de compte : les gens de la rue ne s’étaient pas habillés le matin pour aller aux noces. La parole est née dans un contexte chrétien. Les croyants ne sont pas nombreux : ils s’adressent à beaucoup de monde, mais les réponses positives se font rares. Et même dans la petite communauté, il se trouve des imposteurs, ou des délateurs. Faut être prudent et perspicace.
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