17,1-9
Six jours plus tard, Jésus prend Pierre, Jacques et Jean, le frère de ce dernier, et les emmène sur une montagne élevée, à l’écart. Là, il se transforme devant eux. Son visage rayonne comme le soleil, ses vêtements deviennent d’une blancheur éblouissante. Et ne voilà-t-il pas que Moïse leur apparaît, accompagné d’Élie, tous deux conversant avec lui. Pierre décide d’intervenir :
Seigneur, que c’est bon d’être ici ! Voudrais-tu que je monte ici trois tentes, une pour toi, une pour Moïse et une pour Élie ?
Il n’a pas fini de parler qu’un nuage lumineux les repousse dans l’ombre et que du nuage sort une Voix :
Lui, c’est mon fils, celui que j’aime, j’ai été fier de lui. Écoutez-le.
À ces mots, les partisans s’écrasent de peur, terrifiés même. Mais Jésus s’avance et fait le geste de les toucher :
Debout, il n’y a pas de crainte à y avoir.
Ils lèvent les yeux et ne voient plus personne. Il n’y a là que Jésus. En redescendant de la montagne, Jésus est formel :
Pas un mot de cette vision à personne, avant que l’Humain ne soit relevé de chez les morts.
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1. Ce texte bien connu est rempli de détails d’ordre culturel qu’il nous faut décoder pour en atteindre le sens.
a. La montagne. Elle fait partie de la vision du monde à trois étages. Dieu est dans les cieux, au plus haut des cieux. On est plus près de lui sur une montagne, que dans la plaine. C’est le lieu tout désigné pour une révélation. Pensons à Moïse au Sinaï, à Élie à l’Horeb, deux personnages dont nous parlerons à l’instant.
b. La couleur blanche. C’est la couleur du divin. Au tombeau de Jésus, les récits placent un ou deux hommes en blanc. Les martyrs de l’Apocalypse ont blanchi leurs vêtements dans leur sang. La lumière, le rayonnement sont du même ordre. Par ces détails, le texte veut nous transposer littérairement dans le monde de Dieu.
c. Moïse et Élie. Ces deux personnages appartiennent à la catégorie de l’espérance du prophète des derniers temps.
. Sur Moïse, voir Dt 18,15.17.18. Dans l’évangile de Mt, lire les ch. 1-2; 5-9.
. Sur Élie, voir Mal 3,23-24. Dans les évangiles, Élie est un personnage très important; les partisans de Jean Baptiste voyaient en lui le nouvel Élie : Lc 1,15-17.76-77; Jésus a partagé cette appréciation (Mc 9,11-13). Par après, les partisans de Jésus ont plutôt vu en lui le nouvel Élie, et lui ont attribué des miracles semblables (voir, par exemple, 2 R 4,42-44; 12 R 19,19-21).
d. Les nuages (nuées). Traditionnellement, et cela remonte à la culture cananéenne d’avant Israël, les nuages sont le mode de transport de Dieu dans les cieux (le « Chevaucheur des nuées »). Par exemple, c’est un nuage qui, lors de l’Ascension, emporte Jésus au ciel. Ici, il transporte Dieu tout près de Jésus et permet au narrateur de le faire parler (la Voix) sans avoir à le décrire.
e. La crainte de Dieu. La crainte de Dieu est un concept très important dans toute la Bible. Il ne s’agit pas de la crainte d’un être méchant, mais d’une réaction normale des humains face à ce qui est radicalement différent d’eux (voir Mc 16,5.8).
2. Le sens fondamental du récit est de présenter Jésus comme étant le nouveau Moïse ou le nouvel Élie attendus. Ces deux-là, qui sont déjà venus, sont présents précisément pour faire porter le regard sur lui.
3. Le récit ancien a été réinterprété à la lumière de deux catégories christologiques (deux titres attribués au Ressuscité) très importantes : fils de Dieu et Humain (fils de l’homme).
Le fils de Dieu, c’est le seigneur élevé à la droite de Dieu au cours de la résurrection (Rm 1,4). L’Humain, c’est celui qui viendra pour juger les vivants et les morts. Deux détails du récit montrent que c’est après la résurrection qu’on a pris conscience de ces données touchant Jésus. D’abord, la Voix s’exprime au passé « j’ai été fier de lui », comme si elle se référait à l’ensemble de la vie de Jésus et portait sur elle un jugement positif. Ensuite, le texte se termine sur la défense de parler de l’événement de la transfiguration avant que l’Humain ne soit relevé de chez les morts. La foi en la résurrection est le point de départ de la plupart des titres attribués à Jésus.
4. Sans trop insister, le récit met le doigt sur une tentation dont il faut être conscient : Pierre voudrait bien qu’on s’installe sur la montagne, on est tellement bien quand le ciel et la terre sont réunis. Mais il faut redescendre et faire face à la vie, sur laquelle plane l’ombre de la mort.
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